L´Île au-delà du monde
Icône trinitaire, chaque personne est un pèlerin engagé dans un voyage intérieur pour accomplir l'inaccompli, réaliser sa vocation propre et trouver son vrai visage, au-delà des conventions sociales et des codes moraux ainsi que le manifeste la figure du fol-en-Christ. Cela, dans une dynamique d'échange mutuel, de solidarité, d'offrande de soi, d'abandon à la volonté divine, de transfiguration de la souffrance, voire de contestation prophétique de la sagesse mondaine. Tant que nous n'aimons pas et ne sommes pas aimés jusque dans la nudité et la vérité de notre être, nous restons incompréhensibles à nous-mêmes.
Le but de ce chemin, de cette croissance de l'être, qui ne va pas sans un martyre intérieur, est la déification. Fruit de la synergie entre la grâce divine et la volonté humaine, celle-ci est la définition même du salut dans la tradition orthodoxe. « On ne se sauve pas "du" monde, mais "avec" le monde qu'il faut traiter comme un sacrement de la présence de Dieu », écrit Mgr Kallistos. D'ordre social et cosmique plutôt qu'individuel, mystico-thérapeutique plutôt que juridico-moral, le salut est la participation à la vie même de Dieu. Un processus qui se déploie dans la spirale ascendante du temps et de l'éternité. Un devenir qui nous fait entrer, au plus profond de notre cœur, dans cette « île au-delà du monde » qu'est le royaume de la Trinité.

